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La Fédération

Histoire de notre syndicalisme

 

Perdre sa vie à défendre ses droits.
Publié le 10 avril 2019

Perdre sa vie à défendre ses droits.

 

N’effaçons pas de nos mémoires les traces de sang laissées par nos camarades en lutte, tombés pour nos libertés, nos droits au travail, nos emplois.

Le 5 juin 1977, notre camarade Pierre Maitre, verrier des VMC (verreries mécaniques Champenoises) tombait sous les balles du SAC (Service d’Action Civique).

Pierre Maitre

Le contexte socio économique de l’époque:

Neuf années après mai 68, l’échec de la gauche aux présidentielles de 1974 a remis en place des forces proche d’un capitalisme revanchard, ayant un style populaire, col roulé, accordéon et repas dans les familles modestes, tentant par cet effet de cacher une inflation record, entraînant une régression du niveau de vie et dégradation d’emploi.

En 1975, la crise économique est reconnue. Giscard avoue que sa politique va créer du chômage, mais promet « je m’occupe des chômeurs » (l’indemnité est porté à 90 % du salaire perdu).

La CGT représente à elle seule, une force syndicale de 2 377 000 adhérents.

La dégradation sociale qu’entraine les premières vagues de plans sociaux, fait réagir les syndicats par des conflits importants sur la garantie de l’emploi, l’avancement de l’âge de la retraite à 60 ans, (voir 58 ans à Boussois Souchon Neuvesel (BSN), le pouvoir d’achat.

Mourir pour une promesse que la direction générale n’a pas tenue.

Les faits, en décembre 1976, dans les fours et services de l’entreprise, des centaines de salariés des VMC se plaignent auprès du syndicat CGT.

Une fois deux plus, les étrennes, dites « primes de fin d’année » sont tronquées, voire nulles pour certains salariés.

Les représentants syndicaux demandent à plusieurs reprises des réunions au président Directeur Général Monsieur Prieur, qui sans les recevoir personnellement, par l’intermédiaire du Sieur Baelde, directeur de l’établissement, leur fait savoir qu’il ne changerait rien pour le moment, alors qu’il avait promis en 1971 que les salariés auraient le 13 moi dans les trois ans.

L’exaspération des salariés monte d’un cran.

13ème mois

5 % d’augmentation salarial

Amélioration des conditions de travail

Sont leurs revendications.

Début mai des mouvements de grève sont décidés dans l’ensemble des ateliers.

Le 23 mai 1977 une réunion a lieu avec la direction qui refuse catégoriquement les revendications, le 13ème mois sur la base de 1/12ème de l’année, l’amélioration des conditions de travail, 5 % d’augmentation dans l’immédiat.

Le 24 mai après consultation, le personnel se met en grève en décidant de durcir le mouvement, notamment chez les postés qui pratiquent la grève perlée.

En réponse à ce durcissement de l’action, chaque travailleur, gréviste ou non, reçoit une lettre avec accusé de réception signée du PDG, les invitant à une réflexion personnelle sur les tenants et aboutissants de la situation et leurs répercussions sur la bonne marche de l’entreprise.

Le 27 mai après 3 jours d’intensification du mouvement particulièrement chez les postés, alors qu’une lassitude se fait sentir, les grévistes apprennent que deux délégués CGT viennent de recevoir une lettre recommandée de procédure de mise à pied immédiate, pour avoir usé du droit de grève et entraîné leurs collègues dans l’action.

En voulant accélérer un sentiment de crainte pour leur emploi, en tentant de freiner l’action, la Direction, de part ses positions intransigeantes sur des négociations légitimes, accentue le sentiment de solidarité immédiate.

Une information du syndicat CGT appelle à rester unis afin de mettre en échec la tentative de licenciement des deux camarades.

Solidarité interne mais également solidarité externe face à l’empleur d’une décision patronale cassant le droit de grève chèrement acquis.

Les structures de la CGT, Union Locale, Union Départementale appellent à un soutien aux travailleurs des VMC, devant les portes de l’usine le 1er juin à 12 heures 30.

Suite à cet appel le 1er juin à 5 heures du matin les forces de l’ordre (Gardes mobiles en tenue de sortie, sans casque) viennent faire un coup de force. En ligne, elles sont précédées d’un engin de déblaiement de l’armée pour évacuer les voitures qui bloquaient l’entrée de la verrerie.

Elles firent ensuite une haie d’honneur pour ceux qui voulaient travailler.

D’autre non grévistes refusèrent d’aller travailler sous la protection de la police.

A 12 h 30 la population est au côté des salariés.

Les secrétaires de l’UL et de l’UD, les syndicats CFDT et FEN, les partis politiques PCF, PS, PSU, le maire communiste de Reins, le maire socialiste de St Brice Courcelles, prirent la parole et apportèrent leur soutien.

A peine le meeting terminé, les manifestants commençant à partir, la police urbaine se met en place sur la route.

Les organisateurs du meeting pensent qu’une nouvelle charge va avoir lieu. Cette présence « pue » la provocation à plein nez.

Puis les participants voient arriver des escadrons entiers, comme à la parade, les grévistes craignent le pire. Dés que les élus furent partis, vers 14 heures, les gardes mobiles crosses en avant, sur deux lignes, foncèrent à nouveau sur les manifestants encore présents et toujours très calmes. Il s’en suivit une bataille rangée qui causa des blessés de part et d’autres, le secrétaire de l’UD et un garde mobile blessé à la tête.

Les incidents ayant entaché le meeting de solidarité la CGT et la CFDT appelèrent le jeudi 2 juin à un débrayage d’une heure minimum dans toutes les usines et à un rassemblement à 16 h devant la sous-préfecture.

Le 3 juin les portes de l’usine sont fermées. S’engage alors le bras de fer avec la direction qui ne voulait toujours pas négocier, ni reprendre les délégués sanctionnées.

Responsable dans la lutte, mais aussi pour sauvegarder leur outil de travail, les grévistes assurent la sécurité de l’usine occupée, et tout particulièrement au niveau des fours.

Samedi 4 juin la journée se passe agréablement bien.

Responsables des enjeux de la lutte que mènent les salariés, c’est autour d’un barbecue que la discutions entre syndiqués et non syndiqués est engagé pour ne pas lâcher le combat. C’est en fait la démocratie opposée aux licenciements abusifs qui étaient en jeu.

Dimanche 5 juin, le jour ou tout bascula !

C’est à 0 h 15 que la Confédération Française du Travail * (CFT) passe à l’action, un premier passage devant le piquet de grève laisse supposer aux grévistes devant les portes qu’il s’agissait de copains qui passaient par là et qui venaient les soutenir, tout en disant « bonjour » au passage !

D’un seul coup, l’un d’entre eux grimpa sur le muret de la fenêtre de la loge des gardes et arracha la banderole, l’autre aspergea Pierre Maitre de gaz lacrymogène.

Le piquet de grève intervient pour s’opposer à l’agression.

Le représentant de la Direction Pierre Morel qui était d’astreinte est immédiatement prévenu des faits et prévient aussitôt la police et les pompiers pour Pierre Maitre qui était resté debout malgré ses brulures.

Pierre Maitre

Des militants se préparent, se munissant de bouts de bois dans l’hypothèse où les autres reviendraient.

Le pressentiment d’un retour de ces salauds se confirme.

Leur voiture revient à vive allure tous feux éteints : « Ils tirèrent sur nous. On aurait dit des pétards » expliqua un camarade.

Mais la vision de Serge Vermeulen et Raymond Richard pleins de sang, Pierre Maitre à ses pieds allongé au sol, un drame venait de se produire.

Raymond Richard était atteins d’une balle dans le bras Serge Vermeulen de deux balles dans la poitrine et malheureusement Pierre Maitre d’une balle en pleine tête.

Les membres de la CFT dont certains adhérents du S.A.C * (Service d’action Civique) avaient fait leur sale boulot,  en blessant et assassinant des travailleurs défendant leurs revendications,  en toute démocratie syndicale et ouvrière face à un patronat au dessus de tout soupçon !

La déclaration faite par la direction de Citroën Reins, laisse penser à un simple fait divers « Les tragiques incidents de Reins ont trouvé une conclusion sanglante dans une action absurde et meurtrière commise par plusieurs membres de notre personnel » et de poursuivre «  Déjà en usant d’amalgames et d’affabulations, certains tentent de mettre en cause notre société. Il est certes facile d’imputer à toute une collectivité le crime d’un de ses membres ». et de remettre en cause le droit de manifester «  l’occupation des Verreries Mécaniques Champenoises jugées illégale par la justice, a donné droit à une intervention de la police le 1er juin à l’issue d’un meeting où le maire de Reins prit la parole, et les grévistes attaquèrent les forces de l’ordre ». «  Dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juin, au terme de libations dans un café de la ville, cinq personnes travaillant à notre usine de Reins décident d’aller manifester leur désaccord aux grévistes des VMC en arrachant leurs banderoles exposées dans l’usine occupée ». et de conclure « ceux qui, comme votre Direction lient indissolublement progrès social et paix sociale, ne peuvent que condamner de tels actes ».

 Le 6 juin à l’appel de la CGT, FO, CFDT et FEN une grande manifestation paralyse le centre ville. Plus de 10 000 travailleurs se donnent rendez-vous devant la sous-préfecture pour réclamer justice.

Le lendemain mardi 7 tout le pays observe une minute de silence.

 Presse déces

Pierre Maitre venait de décéder.

Son décès intervient en pleine réunion des délégués syndicaux avec les représentants de la Direction et le Directeur. Une minute de silence est requise avant d’aborder les revendications qui avaient entraînées le mouvement de grève.

Le PDG annonce qu’il donne le 13ème mois, 3 % d’augmentation et la réintégration des deux camarades.

Il aura fallu un mort et deux blessés graves pour que des revendications soient satisfaites en 15 minutes.

Ce ne sont pas moins de 50 000 personnes portant un brassard noir ou une photo de Pierre Maitre qui suive vendredi 10 juin le cortège funéraire.

Hommage  Hommage 1 Obcécle

Bernard Collet prêtre ouvrier, délégué CGT à l’usine de BSN Reins, prononça l’homélie dans la trop petite église de St Geneviève.

 Pierre Maitre 1

* SAC : Service d’Action Civique créée en 1960, police parallèle au service de De Gaulle et de ses successeurs.

* CFT : Confédération Française du Travail, syndicat créé par le patronat en 1959. Briseurs de grèves.