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AGC Boussois-Maubeuge : La CGT et les salariés gagnent la reconstruction du four!
Publié le 5 novembre 2016

« Quand le bâtiment va, tout va ! » s’exclama Martin Nadaud. Il était maçon, mais aussi élu de la Creuse au printemps 1850, lorsqu’il lança ce pavé dans la Chambre des députés. À Boussois, dans le Nord, en cet automne 2016, l’affirmation ne se dément pas. La bonne nouvelle a été publiée par la Voix du Nord : « À l’arrêt depuis trois ans, le four B1 d’AGC reprend du service. » Autrement dit, les verriers d’AGC France (ex-Glaverbel) à Boussois peuvent à nouveau espérer fabriquer durablement du verre plat clair, pour le bâtiment et l’ameublement. Dans le bassin de la Sambre, où les emplois industriels tombent les uns après les autres comme à Gravelotte, une telle nouvelle ne manque pas d’apparaître comme une éclaircie.

110 salariés sur 260 étaient promis au chômage
En 2013, l’annonce de l’arrêt de ce four avait suscité beaucoup d’émotion. « C’était le four le plus écologique d’Europe, puisqu’il fonctionne par combustion d’oxygène et non pas au fioul », explique Karl Deneyer, délégué syndical CGT, premier syndicat de l’entreprise. Mais, hélas, le prix du baril de pétrole a baissé, rendant l’utilisation du B1 moins lucrative que celle de son voisin d’atelier, le B2. Les qualités environnementales de ce mastodonte n’ont pas fait long feu tandis que la chasse aux coûts faisait rage. « La direction bruxelloise du groupe a décidé sa mise à l’arrêt immédiate, brutale et définitive. Nous nous sommes battus pour qu’il soit arrêté proprement, c’est le terme technique. C’est-à-dire susceptible d’être un jour de nouveau opérationnel », se souvient le syndicaliste. La facture d’une telle procédure d’arrêt sécurisé s’est élevée à 800 000 euros. Certes, la victoire ne fut pas savourée, car 110 salariés sur 260 étaient promis au chômage. « Les négociations ont été âpres, mais finalement le nombre de départs a été réduit à 55. En échange des emplois sauvegardés, nous avons, en lien avec les inspecteurs du travail de la Direccte, mis en place un système de chômage partiel tournant pendant trois ans », poursuit le verrier. Les hommes savaient à l’époque que le four qui restait devrait avoir à subir une lourde réfection dans les cinq années à venir. Si le B1 n’est pas rouvert, c’est la mort de l’usine nordiste qu’ils pressentaient.

Les années ont passé. Vite. Le vieux four tourne à plein. 650 tonnes par jour ! Il va fatiguer vite. Et puis la reprise du secteur de la construction est à l’ordre du jour. La relance du four le plus performant sur la durée apparaît comme une évidence. D’autant que les usines tchèques et belges d’AGC sont au taquet. Ce sera chose faite en avril 2017. La direction de la verrerie de Boussois l’a donc annoncé début octobre. « Tout doux », tempère Karl. Il faudra près d’un mois pour atteindre palier par palier les 1 600 degrés nécessaires à la réalisation de la fusion de la silice. Passée cette étape d’attrempage, les premières vitres plates sortiront des entrailles en briques réfractaires du B1 en mai prochain. « Ils reviennent de loin ! » commente le maire PCF de Boussois, Jean-Claude Maret, qui en a passé des jours devant l’usine en grève pour la sauvegarde d’un maximum d’emplois. Et pour lui, « oui, il y a lieu de parler de bonne nouvelle alors que nous venons de subir la fermeture de l’usine métallurgique Sambre et Meuse et que Vallourec est en pleine restructuration aux dépens du bassin de la Sambre ».

Reste que la chasse aux coûts est toujours au programme des dirigeants et des actionnaires du groupe AGC Glass Europe. « Ce redémarrage a fait l’objet de plus de six mois de négociations, où il a fallu tenir tête à une direction qui avait prévu de nous retirer huit jours de RTT, compétitivité oblige », et Karl, sans triomphalisme, est aujourd’hui en mesure d’annoncer que la perte ne sera finalement que de quatre jours. Les heures supplémentaires ne seront plus payées à 25 %, mais à 10 % supplémentaires. Ce qui est plus facile à annoncer, c’est qu’il y aura des embauches, obligatoirement. « Nous sommes aujourd’hui 203 salariés, il en faut minimum 220 pour assurer la production qui s’annonce », assure le syndicaliste. D’abord, majoritairement des contrats d’intérim, qui pourront se transformer en CDI, tempère la direction. Et puis les conditions d’emploi des nouveaux embauchés (dont certains pourraient être d’anciens de la verrerie, poussés vers la sortie en 2013) ne seront pas celles des verriers déjà en poste. Payés sur 13 mois, pas 14, comme c’est le cas pour les anciens. Tout cela n’en est encore qu’à l’état d’engagement moral. Le directeur du site, Denis Viste, laisse d’ailleurs planer encore quelques conditions, à en croire la Voix du Nord : ce redémarrage « n’est pas une fin en soi, plutôt une étape transitoire, explique-t-il. Si on veut pérenniser définitivement l’usine, il faut qu’on puisse faire de la transformation et proposer de la valeur ajoutée ». Sûr que faire tourner deux lignes à 220 au lieu des 260 de l’époque n’a pas fini d’exiger des hommes qu’ils fassent des « efforts », comme on dit dans le jargon patronal.

Toutes les mesures prises sur le papier, après des mois et des mois de négociations, vont permettre une économie de 250 000 euros par an par rapport au fonctionnement d’avant 2013. Mais la direction, qui décidément aime à jeter des froids au milieu de l’espoir qui se réchauffe, vient d’informer les représentants du personnel que cette somme est très exactement équivalente à l’augmentation des taxes foncières dont l’entreprise aura à s’acquitter pour l’année 2016. Une manière franchement pas déguisée de dire aux salariés que tous les efforts qu’ils concèdent vont atterrir dans les poches... de l’État. De fins politiques, ces patrons, tout de même !

 

Merci au journal l'Humanité et à Laurence Mauriaucourt